Publié le 19/01/26
Trois tendances tech pour 2026 (avec une boule de cristal légèrement fissurée)
L’être humain a toujours été très mauvais pour faire des prédictions. L’histoire regorge d’exemples glorieux, mais inutile d’aller chercher si loin quand il suffit d’ouvrir Jira. Qui n’a jamais vu une estimation de 3 jours se transformer en une épopée de trois sprints, avec une pointe de refactoring « imprévu mais indispensable pour faire propre parce-que nous n'avions pas prévu » ?
Et pourtant, en tant que CTO, le rituel est immuable : en début d’année nous tentons de discerner les tendances technologiques à venir. Puis en fin d’année, nous regardons dans le rétroviseur et nous mesurons l’écart entre le rêve (parfois le fantasme) et la réalité.
L'année 2026 ne faisant pas exception, bien au contraire, voici donc trois tendances techs ... avec toute l’humilité que ce genre d’exercice impose.
Tendance 1
L’intelligence artificielle devient un collègue (très voire trop) envahissant
En 2025, l’intelligence artificielle était déjà omniprésente un peu partout. On nous a juré grands dieux qu'elle ne nous remplacerait pas, mais les promesses n'engagent que celles et ceux qui les écoutent.
En 2026, l’intelligence artificielle ne sera plus un « outil en plus » mais une couche transversale importante, omniprésente, parfois même indépendante. SkyNet n'est pas encore là, mais il apprend à vitesse géométrique. Les modèles ingurgitent de plus en plus de données, les digèrent et les recrachent à qui veulent bien les consommer. L'apprentissage profond se fait de façon toujours plus rapide, toujours plus optimale.
Le passage d'une inférence par nombres flottants 32-bits à une quantification sur 8-bits, 4-bits voire un 1-bit permet une inférence plus rapide en gardant une assez bonne précision selon les besoins et le moteur d'inférence, et fonctionnant même avec des temps corrects sur CPU au lieu du traditionnel GPU. Pourquoi est-ce important ? Parce-que nous n'avons pas toujours à disposition les ressources matérielles nécessaires pour exécuter des modèles, le prix des GPU et de la mémoire s'envolent et je pense que nous allons aller de plus en plus vers des SLM (Small Language Model) pouvant s'exécuter en local sur du matériel dit « consumer » avec peu de ressources en comparaison avec les GPU hauts de gammes conçus pour inférer à grande échelle. Déporter l'inférence en mode SaaS chez ChatGPT, Mistral ou Claude est très pratique, mais peut se révéler aussi couteux et pose inévitablement des questions de confidentialité de la donnée et de la dépendance à un acteur externe. Mais je dérive un peu du sujet ...
Côté production de code, l’IA passe du rôle d’assistant sympa à celui de pair programmer permanent, infatiguable et corvéable à merci : génération de boilerplate, refactoring guidé, tests automatisés, documentation écrite avant même qu’on ait fini la phrase. Le développeur ne disparaît pas, mais son rôle se déplace : moins d’écriture brute de code, plus d’architecture, de revue et de décisions métier.
Côté opérations, même mouvement. Les plateformes deviennent auto-observables et semi-autonomes : analyse de signaux faibles, détection d’anomalies, ajustement dynamique des ressources, réponses automatisées aux incidents simples. Le SRE « n'éteint plus les incendies », il conçoit les règles selon lesquelles la plateforme s’auto-régule et les évite. Du moins en théorie.
Le paradoxe de 2026 ? Toujours plus d’IA, donc plus temps temps de gagné. Mais la nature ayant horreur du vide, ce temps de gagné est remplacé par du travail supplémentaire, donc plus de productivité, mais aussi une complexité accrue des systèmes avec un besoin impératif de compréhension, de contrôle et de gouvernance.
Parce qu’un bug, même généré à la vitesse de la lumière par l'IA, reste un bug. Evitons donc en 2026 de tomber dans le fameux piège : IA partout, intelligence nulle part.
Tendance 2
La robotique autonome accélère et sort des laboratoires
En 2025, la robotique autonome a avancé à une vitesse qui a surpris même les plus optimistes.
En 2026, on ne parle plus uniquement de prototypes ou de démonstrateurs spectaculaires, mais de déploiements concrets à grande échelle.
Entrepôts logistiques, usines, agriculture, surveillance d’infrastructures, livraison du dernier kilomètre : les robots deviennent capables de naviguer dans des environnements complexes, imparfaits et changeants. La convergence entre capteurs, IA embarquée et baisse des coûts matériels rend ces usages économiquement viables.
Pour les équipes tech, cela ouvre un nouveau champ : la robotique devient un problème logiciel à part entière. Mises à jour OTA (Over The Air), cybersécurité des flottes de robots, observabilité du monde physique ... Le bug ne fait plus planter un service web dématérialisé, il peut arrêter une chaîne logistique, créer des accidents et même ... tuer involontairement des humains.
La robototique domestique commence même à poindre à l'horizon : robot qui passe l'aspirateur, qui range le lave-vaisselle, qui plie le linge. Des expérimentations à grande échelle sont menées depuis des mois avec des humains bardés de capteurs permettant aux modèles robotique d'apprendre, de mesurer leur force pour ne pas casser un verre à vin en le manipulant, ... En bref la robotique domestique pour nous décharger des tâches ingrates.
Et si un jour les modèles d'IA des robots venaient dans une certaine mesure à prendre conscience de tout cela ? La fameuse singularité technologique prédite et si chère à Raymond Kurzweil. What could go wrong? Espérons qu'un kill-switch soit prévu.
Tendance 3
Retour (contraint) vers la souveraineté numérique
Le contexte géopolitique de ces derniers mois pousse brutalement la tech, et notamment la french tech, à sortir de sa naïveté. La dépendance massive aux acteurs américains Google, Apple, Microsoft, Amazon, Meta, ... les fameux GAFAMs devient un sujet stratégique, et non plus seulement économique.
En 2026, la souveraineté numérique n’est plus un slogan politique ni un rêve de baba cool : c’est une nécessité. Contraintes d’architecture, localisation des données, clouds souverains, alternatives open source, maîtrise des chaînes d'approvisionnement logicielles, les entreprises et les États cherchent à réduire leur exposition aux décisions et ingérances extraterritoriales. Les États-Unis d'Amérique ne sont pas aussi amicaux que nous le pensons et il est de notre devoir de reprendre notre indépendance technologique en main, et de nombreux acteurs y travaillent.
Et en catimini, la Chine travaille fort à (re)prendre son indépendance technologique pour concevoir et fabriquer ses propres puces, son hardware en général, car ils ont bien compris qu'une guerre en 2026 se gagne plus avec la technologie qu'avec des canons.
Ce mouvement n’est ni simple ni confortable. Il coûte cher, offre parfois (soyons honnêtes, souvent) moins de fonctionnalités, et impose des compromis. Mais il marque un changement profond : la tech redevient un sujet de pouvoir, pas seulement d’innovation.
Vers l'infini et au-delà !
Pour conclure
Comme toujours, certaines de ces tendances se réaliseront. Ou pas. Certaines iront plus vite que prévu, d’autres se heurteront inévitablement à la réalité du terrain, des budgets et des humains.
Nous verrons en décembre 2026, sourire en coin, à quel point Jira avait (une fois encore) raison de se méfier des prévisions.
Et si vous voulez découvrir tous nos articles "Tendances 2026", l'article sur nos tendances créa est dispo ici et celui sur nos tendances IA par ici !
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